Vagabondages

Sur les pas de Modestine

 

SELUNE - Texte de présentation

En occident, il n'y a pas de mots pour désigner ceux qui aiment la matière vivante, « matérialisme » serait un terme inapproprié, puisqu'il représente, à l'inverse, une position conquérante, d'exploitation et de violence sans merci sur la matière vivante, consistant à ne l'apprécier qu'une fois morte, transformée.

« Un bon indien est un indien mort », écrivait déjà de manière hautement significative le général Custer.

Depuis que la machine a conquis l'image du monde matériel et que ce que nous qualifions d' « art » tend à devenir un simple objet de spéculation des marchés, de nombreuses jachères sont récupérables pour celles et ceux qui aspirent à travailler de manière simple, artisanale, à partir de cette réalité que mes yeux savourent, contemplent, que mes pinceaux transposent, à la lumière diurne, en déposant l'encre sur la douceur vivante du papier.

Des chinois, je retiens le trait, le vide des métamorphoses, la forme n'étant que l'aspect d'un état de croissance à l'instant T.

Des Grecs, je retiens la forme soluble dans la lumière.

Je ne cherche pas une synthèse, je travaille, je fais ce que je peux.

J'opère à cru, à vif, selon l'mage que j'ai en tête ou d'après dessin d'observation, sans recours mécanique ni prothèse oculaire.

J'aspire à un subtil dosage entre la magie que m'offrent les yeux du dehors que nous nommons « réalité », les yeux du dedans que nous nommons l' « imaginaire ».

Pour moi, il n'y a pas de rupture entre « abstraction » et « figuratif », entre « orient » et « occident", entre « contemporain » et «traditionnel », entre « visage » et « paysage », parce que je vis dans un monde déjà en ruine, rompu, désarticulé, brisé, morbide, et j'aspire bien au contraire à soigner, réparer, à unir, re-susciter.

J'avance pas à pas, je n'ai pas de « démarche », car je ne partage pas l'efficacité des gens pressés qui savent où ils vont.

Je cherche à donner corps à cette rêverie et ces « visions » qui m'habitent, au pas de la mule, afin de restituer au monde une petite part de son mystère.

Je présente ici mon travail d' encres, de sumi-e (technique d'encre japonaise), de nihon-ga (technique de peinture japonaise), d'aquarelles et quelques dessins au crayon et au fusain.

Peintre à l'eau et dessinatrice, le papier représente pour moi le matériau vivant par excellence. 

Sélune