Vagabondages

Sur les pas de Modestine

 

SELUNE - Texte de présentation

 

La Sélune se jette dans la baie du Mont Saint Michel, et tout au Nord, il y a le Cap de la Hague.

Cet occident de brumes, de déchirures, d'échancrures, est mon pays du coeur.

D'où ma fascination pour les îles celtes, îles de mers ou îles de terres comme le Morvan, d'où ma passion pour l'extrême orient.

Toutes sont terres de rêveries, de mouvances, d'émergences et d'évanouissements.

En occident, il n'y a pas de mots pour désigner ceux qui aiment la matière vivante, « matérialisme » serait un terme inapproprié, puisqu'il représente, à l'inverse, une position de domination, d'exploitation et de violence sans merci, consistant à n'apprécier la matière vivante qu'une fois morte, préférant le « cuit » au « cru » .

« Un bon indien est un indien mort », écrivait déjà de manière hautement significative le général Custer.

Depuis que la machine a conquis l'image du monde matériel et que ce que nous qualifions d' « art » tend à devenir un simple objet de spéculation des marchés, de nombreuses jachères sont récupérables pour celles et ceux qui aspirent à travailler de manière simple, artisanale, à partir de cette réalité que mes yeux savourent, contemplent, que mes pinceaux transposent, à la lumière diurne, en déposant l'encre sur la douceur vivante du papier.

Des chinois, je retiens le trait, le vide des métamorphoses, l'os vivant, si bien illustré par le « vitalisme » de Bergson.

Des Grecs, je retiens la forme soluble dans la lumière.

Je ne cherche pas une synthèse, je travaille, je fais ce que je peux.

J'opère à cru, à vif, sans recours mécanique ni prothèse oculaire.

J'aspire à un subtil dosage entre la magie que m'offrent les yeux du dehors que nous nommons « réalité », les yeux du dedans que nous nommons l' « imaginaire », et la magie de la création des hommes, que nous nommons « culture ».

Pour moi, il n'y a pas de rupture entre « abstraction » et « figuratif », entre « orient » et « 

occident », entre « contemporain » et «traditionnel » ou « classique », entre « visage » et « paysage », parce que je vis dans un monde déjà en ruine, rompu, désarticulé, brisé, morbide, et j'aspire bien au contraire à soigner, réparer, à unir, re-susciter.

J'avance pas à pas, je n'ai pas de « démarche », car je ne partage pas l'efficacité des gens pressés qui savent où ils vont.

Je cherche à donner corps à cette rêverie et ces « visions » qui m'habitent, au pas de la mule, afin de restituer au monde une petite part de son mystère.

De la Tour du Pin écrivait : « Tous les pays qui n'ont plus de légende seront condamnés à mourir de froid » ;

Comme Socrate, je sais que je ne sais pas.

Je prends le temps de la contemplation, de l'exécution, du jardin qu'il faut cultiver, de la croissance des êtres, des arbres, des saisons, ce temps que nous devons investir, que nous devons extirper de haute lutte au monde, par nature centrifuge.

Pas de temps, pas de goût.

Une simple fougère m'apparaît tellement plus importante que la ville où je suis supposée me rendre!

Du reste, je ne sais plus le nom de la ville, si je l'ai jamais su…

Je présente ici mon travail d' encres, de sumi-e (technique d'encre japonaise), de nihon-ga (technique de peinture japonaise), d'aquarelles et quelques dessins au crayon et au fusain.

Peintre à l'eau, le papier représente pour moi le matériau vivant par excellence. 

Sélune